Voici un chiffre qui fait trembler toute l’industrie du cinéma : 450 000, c’est le nombre de téléchargements illégaux de films constatés par jour sur les réseaux P2P par l’ALPA (Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle).

Deux options s’offrent alors à nous :

–  Soit nous envisageons ce chiffre comme une terrible menace pour toute une industrie vieillissante qui emploie des milliers de personnes, qui cherche à divertir des millions de spectateurs et qui tente de conserver et de protéger quoiqu’il advienne un modèle basé sur la chronologie des médias (les films sont vus en salles de cinéma, puis loués et achetés en DVD / VOD et enfin visionnés à la télévision payante puis hertzienne) et sur la vente de contenus uniformisés (“Bienvenue chez les ch’tis” sera le même film pour tout le monde, seule la perception et les goûts des spectateurs le différencieront) . Cette crainte résulterait très certainement sur une loi autorisant la surveillance des internautes/consommateurs à qui l’on vend des billets de cinéma et autres DVD hors de prix. L’industrie du cinéma ressemblerait alors au Big Brother tiré du roman “1984” de George Orwell.

A l’heure des réseaux sociaux de type Facebook, Orkut, Myspace, Second Life… de la messagerie instantanée Live messenger, Yahoo, messenger, Gtalk…, du micro-blogging (Twitter…), de l’information de masse non censurée car délivrée instantanément sur Internet et plus particulièrement à travers la blogosphère, cette surveillance risquerait de porter un autre coup des plus néfastes à l’image du cinéma et à son industrie. Cette dernière viendrait très certainement une fois de plus nous alarmer avec de nouvelles études et de nouveaux chiffres encore plus terrifiants. «Nous n’avons retenu que la fourchette basse dans cette surveillance, en retenant seulement les réseaux P2P les plus populaires“. Mais puisque cette industrie semble vouloir foncer dans le mur, pourquoi ne pas y aller encore plus vite histoire de ne vraiment pas s’en relever ? Apparemment, cette option est à l’étude : “Nous sommes face à un phénomène majeur qui peut mettre en péril l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel. On ne s’attendait pas à de tels chiffres“, avance Frédéric Delacroix, le directeur général de l’ALPA. “La piraterie des films nécessite des mesures appropriées urgentes. Le projet présenté par la ministre de la Culture peut être une solution“. La solution mentionnée est celle que Christine Albanel a présentée mi-juin, instituant une riposte graduée envers les pirates sur Internet.

– Soit nous prenons ce chiffre comme un véritable électrochoc, un chiffre représentatif d’une industrie qui se rend compte progressivement mais tardivement qu’elle s’est totalement déconnectée de ses consommateurs et qu’elle ne repose plus que sur sa puissance de lobbying visant à convaincre les élus de légiférer dans son sens le tout bien entendu en catastrophe et en totale inadéquation avec les attentes des consommateurs. Elle se rendrait ainsi compte que les internautes de la génération Y, instruits, technophiles et n’ayant connu aucune sorte de dictature ou de communisme, privilégient désormais l’instantanéité (“Tout, tout de suite”). Le fait d’attendre 6 mois pour louer un DVD même collector, rempli à rabord de bonus et autres interviews du réalisateur est totalement hors de propos puisque l’on peut aujourd’hui télécharger un film américain alors qu’il n’est pas encore sorti en France (qui a dit Batman?). Elle se rendrait compte que la surveillance parce que trop intrusive est vue d’un très mauvais oeil (voir l’historique en anglais du programme Beacon de Facebook) et que les “pirates” chercheront une fois de plus à contourner ces nouveaux freins à la consommation gratuite non pas afin de satisfaire leur esprit “requin du profit” mais simplement dans une perspective de défi qu’il leur sera nécessaire de dépasser. (Le MIT “utilisait” les pirates ou “hackers” en anglais afin de développer des jeux vidéos. Un “hacker” était une personne qui recherchait les limites d’un programme, il peut être perçu alors comme un accélérateur de business models, décortiquant, analysant les moindres failles du système). Ce que ne semble pas comprendre l’industrie du cinéma, c’est qu’un petit groupe ne peut lutter contre la masse sans malheureusement adopter une position (révélée ou non) dictatoriale, elle ne se rend pas compte que son public a définitivement évolué, qu’il évoluera encore, de plus en plus rapidement et très certainement pas, dans le sens qu’elle souhaite…

Au lieu de se lamenter et de protéger un modèle dépassé, il serait temps de proposer un modèle totalement différent, basé non pas sur la chronologie des médias ou encore sur la suprématie des salles de cinéma (qui seront de plus concurrencées par les Home Cinéma toujours plus performants) mais tourné vers les consommateurs, en adéquation avec leurs attentes et facilitant un accès ultra personnalisé au savoir, aux divertissements et ceci au niveau mondial. Les consommateurs souhaitent de la gratuité, offrons leur de la gratuité et tournons nous vers une industrie globale de services des médias : une industrie qui permette à chacun de composer ses programmes et ainsi regarder où il veut quand il veut des films et autres contenus audiovisuels sur n’importe quels supports (mobile, iPhone, DVD, ordinateur…) et de les stocker sur des serveurs personnels mis à disposition gratuitement. Les coups liés au stockage de données ne feront que diminuer grâce au Cloud Computing ou comme le stipule les lois de Moore et de Kryder (la densité de mémoire sur les disques durs double tous les ans). Offrons leur de l’instantanéité, de la simplicité (“Simple is beautiful”), voyons l’industrie cinématographique non plus isolée mais faisant partie d’un tout (téléphonie mobile, médias, télécommunications, TVIP, micro blogging, blogs, Youtube…) qu’elle devra nécessairement intégrer. Ceci lui permettrait de créer des économies d’échelle notamment au niveau de la promotion de tel ou tel film ou encore au niveau des recherches marketing afin de mieux connaître son public.

Afin de financer cette gratuité apparente, un modèle publicitaire global autre que celui proposé par Google serait à envisager. “70% des recettes publicitaires “on-line” européennes sont réalisées par des acteurs américains, le transfert de richesse induit de l’Europe vers les États-Unis représenterait déjà environ 7 milliards de dollars pour l’année 2007” (“Le Village Numérique Mondial” – Didier Lombard – PDG de France-Télécom Orange). Inspirons nous des jeux vidéos et autres mondes virtuels où les internautes co-créent (Mods) et achètent des biens virtuels qu’ils revendent (exemple de Second Life). Ils peuvent ensuite transformer leur plus-value éventuelle en Euros ou Dollars cette fois-ci bien réels. Inspirons nous encore une fois des jeux vidéos où il est possible de procéder à des micro-paiements, envisageons “l’achat indolore” ou “quasi-gratuité” (permettant entre autre l’achat impulsif) comme une solution et misons sur la longue traîne (ou Long Tail de Chris Anderson) afin de générer des micro-revenus mais de masse et internationaux. Prenons en compte le fait que les internautes sont désormais devenus des consommateurs “malins”, car l’asymétrie d’information a en partie disparue grâce à Internet (kelkoo, forums, blogs…). Ils sont aujourd’hui actifs, productifs et non plus passifs et il est désormais impératif de les intégrer aux business models de l’industrie cinématographique. Il est nécessaire de réfléchir à un modèle qui permette de générer des revenus plutôt que rien comme l’indique la récente étude de MCPS-PRS Alliance / Big Champagne. Créons une économie virtuelle des médias et intégrons l’internaute à cette économie de manière active. Ne le considérons plus comme un enfant à qui l’on dit d’arrêter de regarder son émission favorite. Cet enfant a grandit, il est désormais adolescent, l’âge de la rébellion…

Affaire à suivre…

About Cédric Bellenger

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