Après “Fumer tue”, voici “Pirater tue” du site “J’aime les artistes.fr” dont l’objectif principal est de culpabiliser les internautes rétablir le modèle économique de l’industrie audiovisuelle mis en place lors des années 80 et 90. Outre le fait que rien n’est éternel/tout doit s’adapter et qu’il est plus aisé et pérenne de s’adapter à la demande que d’obliger cette dernière à s’adapter à une offre précise, la loi Hadopi ne sert absolument à rien si ce n’est à faire déplacer la consommation gratuite de contenus audiovisuels d’une consommation par “téléchargement” à une consommation en “streaming. Cette loi ne pourra ainsi pas faire évoluer les comportements des consommateurs relatifs au piratage sur Internet. A court terme, la musique deviendra nécessairement gratuite sur Internet comme elle l’est devenue à la radio puis à la télévision.

Inadaptation du modèle : Ce qui est toujours surprenant avec les communiqués de l’industrie audiovisuelle relatifs aux chiffres du piratage, c’est que cette dernière avance toujours des chiffres astronomiques. “Plus d’un milliard de fichiers piratés sont échangés chaque année”. Ce milliard ne serait-il pas la preuve d’une inadaptation du modèle économique? Imaginez un responsable de magasin qui voit plus d’un milliard des biens qu’il vend se faire voler tous les ans. Posez-vous maintenant la question “Que doit-modifier en priorité le responsable : son magasin ou les comportements de millions d’individus?”.

Radio – Télévision – Internet : De plus, il est nécessaire de rappeler que les radios (libres) lors des années 80 ont représenté une menace pour l’industrie du disque : les auditeurs pouvaient en effet écouter/enregistrer un nombre important de titres sans payer. Les radios sont finalement devenues un moyen de promotion à grande échelle et les majors pouvaient être rémunérées grâce aux cotisations payées à la Sacem. Puis, dans les années 90, la chaîne musicale MTV est apparue rendant possible cette fois-ci le visionnage gratuit de vidéo-clips. Une nouvelle fois, l’industrie du disque a réussi à s’adapter en faisant la promotion des artistes par le biais de la télévision. Aujourd’hui, Internet remet en cause le modèle des majors. Ceci peut se révéler être une menace comme une opportunité : YouTube permet le dialogue avec les internautes, il est possible grâce aux clics des internautes de connaître instantanément et à moindre coûts leurs goûts et ainsi de s’y adapter, les publicités peuvent être mieux ciblées, synonyme d’efficacité et de ROI marketing et surtout, les internautes peuvent participer à la promotion des artistes pour un coût quasiment nul en participant aux forums, en écrivant sur leur blog ou encore en postant des vidéos.

Dégradation de l’image des majors : Neuf ans après les premières plaintes déposées par la RIAA à l’encontre des internautes aux États-Unis, le législateur français souhaite copier le modèle en sanctionnant les pirates. Cependant, il semble exister beaucoup trop de “coupables” pour tenter de tous les punir et il serait ainsi nécessaire de choisir au hasard un faible nombre de boucs émissaires. Néanmoins, ce choix hasardeux couplé au fait qu’avec Internet, tout se sait, rien ne peut être caché, si un seul de ces internautes/bouc émissaire venait à se faire condamner pour un acte qu’il n’est pas possible de prouver à 100%, toute la communauté web viendrait à défendre sa cause, arguant la présomption d’innocence, creusant encore un peu plus le fossé entre la loi et les comportements réels des internautes et dégradant encore un peu plus l’image de l’industrie audiovisuelle.

Valeur de stockage : De plus, outre le fait que les technologies actuelles permettent à chacun d’entre nous de produire à moindres coûts des albums et qu’Internet permet de faire la promotion à l’échelle mondiale de ses productions sur les réseaux sociaux Facebook, MySpace…il est nécessaire d’étudier le coût perçu des contenus audiovisuels par les internautes. Il semble (même si cela doit faire l’objet d’une étude empirique) que cette évaluation ait diminué suite à l’augmentation des capacités de stockage. Ainsi, il faudrait étudier la valeur de stockage de ces contenus. Comme je le précisais dans un précédent billet, nous sommes passés d’un coût de stockage d’environ 1 euro (stockage sur CD) à un coût de stockage de 0,0083 euro (lecteur MP3). Si cette hypothèse est vérifiée, nous devrions donc pouvoir nous procurer légalement un titre à 1 centime d’euro.

Génération Napster : Enfin, il est utopique de croire que les internautes dont les plus jeunes sont nés avec Napster (apparu en 1999) et donc avec le téléchargement illégal, vont revenir à des comportements anciens (pour les plus vieux comme moi) ou totalement nouveaux (pour les plus jeunes) grâce à la loi Création et Internet. La vision que propose le gouvernement est ainsi beaucoup trop courtemiste pour que la loi soit applicable dans les faits. Le cas des DRM est en cela révélateur. La loi du 1er août 2006 relative au Droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information, plus connue sous l’acronyme DADVSI devait apporter les solutions légales au problème de piratage en France et devenir un exemple européen tout en conciliant le respect de l’exception pour copie privée, le respect de la libre concurrence et le respect du logiciel libre. Elle visait la protection des DRM en créant de nouvelles infractions pénales “à l’encontre de ceux qui conçoivent, diffusent ou utilisent des outils de contournement”. La loi est devenue inadaptée en même temps que les DRM connaissaient un déclin certain. Steve Jobs, pourtant défenseur acharné de ces protections a dans une lettre ouverte intitulée «Thoughts on music » indiqué qu’il souhaitait plus d’interopérabilité, donc moins de DRM. Microsoft et Yahoo ! qui ont fermé leur services musicaux indiquaient dans le même temps à leurs utilisateurs les moyens de contournement pour ainsi conserver les titres achetés.

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